Longtemps considérée comme un simple complément aux croquettes ou comme un repas « plaisir », la pâtée peut pourtant constituer une véritable alimentation quotidienne pour le chat — à condition de choisir le bon produit.
Et c’est précisément là que les choses se compliquent.
Mousse, terrine, émincés, bouchées en sauce, filets, soupes… Les rayons proposent une multitude de références, avec des emballages mettant en avant la viande, le poisson, le « naturel », le « sans céréales » ou encore des recettes qui ressemblent presque à des plats destinés aux humains.
Mais une pâtée appétissante ou riche en beaux morceaux n’est pas nécessairement nutritionnellement complète.
Avant de regarder la photo sur la boîte, il faut donc commencer par une information beaucoup plus importante.
Aliment complet ou complémentaire : la première chose à vérifier
C’est probablement le critère le plus important lorsqu’on choisit une pâtée destinée à être donnée régulièrement.
Une pâtée peut être indiquée comme :
aliment complet
ou
aliment complémentaire.
Un aliment complet est formulé pour apporter l’ensemble des nutriments nécessaires au chat lorsqu’il est utilisé conformément à sa destination.
Un aliment complémentaire, lui, n’est pas conçu pour constituer à lui seul toute l’alimentation quotidienne.
Cette différence est fondamentale.
Certaines boîtes particulièrement séduisantes, composées par exemple de morceaux de poulet ou de poisson dans un bouillon, peuvent sembler excellentes au premier regard. Mais si elles sont complémentaires, leur apparence ne garantit absolument pas qu’elles couvrent l’ensemble des besoins nutritionnels du chat.
Si la pâtée doit représenter tout ou une part importante de son alimentation, recherchez donc en priorité la mention « aliment complet ».
Une belle apparence ne garantit pas une alimentation équilibrée
Nous avons naturellement tendance à juger un aliment avec nos propres critères.
Des filets parfaitement reconnaissables peuvent sembler plus qualitatifs qu’une mousse homogène.
Pourtant, le chat n’a pas seulement besoin de muscle.
Son alimentation doit lui apporter des protéines et des acides aminés adaptés, mais également des matières grasses, des acides gras essentiels, des vitamines, des minéraux et différents nutriments indispensables.
Une préparation composée presque exclusivement de beaux morceaux de viande peut donc être moins équilibrée qu’une pâtée visuellement moins impressionnante mais correctement formulée comme aliment complet.
L’apparence du produit n’est pas un critère nutritionnel.
Regarder les ingrédients
Une fois le caractère complet de l’aliment vérifié, la liste des ingrédients apporte des informations supplémentaires.
La précision est intéressante.
Des mentions comme :
poulet,
dinde,
bœuf,
saumon,
foie de poulet
permettent de mieux identifier ce que contient réellement la recette.
Des catégories très générales donnent moins d’informations sur l’origine exacte des matières premières.
Cela ne signifie pas automatiquement qu’un produit utilisant des désignations générales est mauvais. Mais une composition détaillée facilite la comparaison des aliments et devient particulièrement utile lorsqu’on cherche à identifier ce qu’un chat tolère ou non.
Les abats ne sont pas des ingrédients à éviter
Foie, cœur et autres organes peuvent parfois inquiéter lorsqu’ils apparaissent dans une composition.
Pourtant, un carnivore ne consomme naturellement pas uniquement du muscle.
Certains organes possèdent une véritable valeur nutritionnelle et apportent différents nutriments.
Une pâtée contenant des abats n’est donc pas automatiquement de mauvaise qualité.
Là encore, la précision de leur nature et l’équilibre global de la recette sont plus intéressants que leur simple présence.
Regarder les constituants analytiques
Comme pour les croquettes, les pâtées comportent des constituants analytiques.
On y retrouve généralement :
- protéines brutes ;
- matières grasses brutes ;
- fibres ou cellulose brute ;
- matières minérales ou cendres brutes ;
- humidité.
Et cette dernière valeur change complètement la manière dont les autres chiffres doivent être interprétés.
Pourquoi 10 % de protéines dans une pâtée ne signifie pas « peu de protéines »
Prenons une pâtée affichant environ 10 % de protéines et des croquettes affichant 38 %.
À première vue, les croquettes semblent contenir presque quatre fois plus de protéines.
Mais les deux chiffres ne sont pas directement comparables.
Une pâtée peut contenir autour de 70 à 80 % d’eau, selon sa formulation, alors que les croquettes en contiennent beaucoup moins.
Les nutriments de la pâtée sont donc dilués dans une quantité d’eau beaucoup plus importante.
Pour comparer réellement deux aliments ayant des taux d’humidité très différents, il faut raisonner sur matière sèche.
Comment comparer sur matière sèche ?
Le principe est assez simple.
Si un aliment contient 80 % d’humidité, il contient :
100 − 80 = 20 % de matière sèche.
S’il affiche ensuite 10 % de protéines sur produit brut, on peut rapporter ces protéines à la matière sèche :
10 ÷ 20 × 100 = 50 % de protéines sur matière sèche.
Notre pâtée à « seulement 10 % de protéines » atteint donc ici environ 50 % de protéines sur matière sèche.
Cet exemple montre pourquoi comparer directement le 10 % d’une pâtée avec le 38 % d’une croquette n’a pas beaucoup de sens.
Il faut comparer ce qui est comparable.
L’humidité est justement l’un des grands intérêts de la pâtée
Cette importante quantité d’eau n’est pas simplement là pour diluer le produit.
Elle contribue directement à l’apport hydrique quotidien du chat.
Le chat n’est pas toujours un grand buveur et une partie de son eau peut provenir directement de son alimentation.
Une pâtée contenant 75 ou 80 % d’humidité apporte donc de l’eau à chaque repas.
Cela peut être particulièrement intéressant chez les chats qui boivent peu.
Cela ne signifie toutefois pas que la pâtée remplace l’accès à l’eau : de l’eau fraîche doit toujours rester disponible.
Plus de viande signifie-t-il forcément meilleure pâtée ?
Pas nécessairement.
Une forte proportion d’ingrédients animaux peut être intéressante, mais le pourcentage affiché ne suffit toujours pas.
Il faut notamment savoir :
- quels ingrédients animaux sont utilisés ;
- comment ils sont désignés ;
- si l’aliment est complet ;
- quel est son profil nutritionnel ;
- s’il apporte les nutriments nécessaires au chat.
Une boîte affichant « 90 % de poulet » n’est pas automatiquement préférable à une formule contenant moins de poulet si la première est un aliment complémentaire et la seconde un aliment complet correctement équilibré.
Le pourcentage de viande ne doit jamais faire oublier le reste de la formulation.
Et les protéines végétales ?
Une pâtée peut contenir certains ingrédients végétaux sans que cela suffise à la condamner.
Le chat reste un carnivore strict et ses besoins spécifiques doivent évidemment être couverts.
Mais l’analyse d’un aliment ne consiste pas simplement à compter le nombre d’ingrédients végétaux.
Ce qui importe est le profil nutritionnel final de la recette et sa capacité à couvrir les besoins du chat.
La présence d’un ingrédient végétal ne transforme pas automatiquement une pâtée en mauvais aliment.
Faut-il choisir une pâtée sans céréales ?
Pas nécessairement.
Comme pour les croquettes, la mention « sans céréales » est une caractéristique de la recette, pas un certificat de qualité.
Une pâtée sans céréales peut être excellente, moyenne ou peu intéressante.
Une pâtée contenant une petite quantité de céréales peut également être correctement formulée.
Le caractère complet de l’aliment, son équilibre nutritionnel et sa tolérance par le chat sont beaucoup plus importants que le simple logo « grain free ».
Sauce, gelée, mousse ou terrine : laquelle choisir ?
La texture influence surtout l’acceptation du produit par le chat.
Certains chats préfèrent lécher une sauce, d’autres apprécient les mousses, tandis que certains ne mangent que des morceaux.
Il n’existe pas une texture universellement supérieure.
En revanche, il faut être attentif à un comportement assez classique : le chat qui lèche toute la sauce et laisse systématiquement les morceaux.
Dans ce cas, il ne consomme pas nécessairement la ration telle qu’elle a été formulée.
Une texture qu’il mange entièrement peut donc être plus appropriée qu’une recette théoriquement parfaite dont il abandonne la moitié dans la gamelle.
La meilleure pâtée doit aussi être mangée
On peut passer beaucoup de temps à comparer les étiquettes et finir par choisir une formule qui semble idéale.
Mais si le chat refuse de la manger, elle ne lui apportera rien.
L’appétence compte donc également.
Cela ne signifie pas qu’il faut céder immédiatement à chaque préférence et changer de produit tous les deux jours. Mais les habitudes et préférences individuelles du chat doivent être prises en compte.
Chez un chat particulièrement difficile, les changements doivent être progressifs.
Pâtée et croquettes peuvent être associées
Il n’est pas obligatoire de choisir exclusivement l’un ou l’autre.
Une alimentation mixte peut associer nourriture sèche et humide.
Elle permet notamment de conserver certains avantages pratiques des croquettes tout en augmentant la part d’eau apportée par l’alimentation.
Mais il existe une règle importante :
on ne donne pas une ration complète de croquettes et une ration complète de pâtée dans la même journée.
Les deux apportent des calories.
Il faut donc répartir la ration quotidienne entre les différents aliments afin d’éviter de dépasser les besoins énergétiques du chat.
Attention aux quantités
Parce qu’elle contient beaucoup d’eau, la pâtée est généralement distribuée en quantité plus importante en grammes que les croquettes.
Cela peut surprendre.
Un chat peut avoir besoin de plusieurs centaines de grammes d’un aliment humide alors que sa ration de croquettes ne représente que quelques dizaines de grammes.
Ce n’est pas une raison pour comparer directement les grammages.
Ce qui compte est l’énergie réellement apportée par la ration.
Les recommandations du fabricant constituent un point de départ qui doit ensuite être adapté au poids, à l’activité et à la condition corporelle du chat.
Conservation : une pâtée n’est pas une croquette
Une fois ouverte, une nourriture humide est beaucoup plus périssable qu’une alimentation sèche.
Les portions non utilisées doivent être conservées au réfrigérateur selon les indications du fabricant et consommées dans le délai recommandé.
Une pâtée laissée longtemps dans une gamelle, particulièrement lorsqu’il fait chaud, ne doit pas rester disponible indéfiniment.
Les gamelles doivent également être nettoyées régulièrement.
Si votre chat préfère sa nourriture moins froide, une portion conservée au réfrigérateur peut être ramenée à une température plus agréable avant le repas, sans pour autant la laisser traîner pendant des heures.
Comment savoir si la pâtée lui convient ?
Une bonne composition sur le papier reste seulement une partie de l’évaluation.
Observez également votre chat.
Son poids reste-t-il adapté ?
Mange-t-il volontiers sa ration ?
Ses selles restent-elles normales ?
Sa digestion est-elle bonne ?
Son état général et son pelage sont-ils satisfaisants ?
Une pâtée peut être parfaitement équilibrée et ne pas convenir à un individu particulier.
Inversement, la tolérance d’un aliment ne suffit pas à démontrer qu’il est nutritionnellement complet.
Il faut donc associer lecture de l’étiquette et observation de l’animal.
Quand une alimentation vétérinaire est nécessaire
Pour certaines maladies — urinaires, rénales, digestives ou métaboliques notamment — choisir une pâtée simplement parce qu’elle semble avoir une excellente composition n’est pas suffisant.
Les aliments thérapeutiques peuvent être formulés avec des caractéristiques nutritionnelles précises qui ne sont pas visibles en regardant seulement la quantité de viande ou le taux de protéines.
Dans ces situations, l’alimentation fait partie de la prise en charge du chat et doit être choisie avec le vétérinaire.
À retenir
Pour choisir une pâtée, commencez par oublier quelques secondes la photo appétissante sur l’emballage.
Vérifiez d’abord :
qu’il s’agit d’un aliment complet si elle doit constituer tout ou partie importante de la ration ;
la précision des ingrédients et des sources animales ;
les constituants analytiques ;
la teneur en humidité ;
la densité énergétique et les quantités recommandées ;
la tolérance et l’appétence pour votre chat.
Et ne comparez jamais directement le taux de protéines d’une pâtée avec celui de croquettes sans tenir compte de leur différence d’humidité.
Une bonne pâtée n’est donc pas nécessairement celle qui ressemble le plus à un filet de poulet dans notre assiette.
C’est avant tout un aliment adapté au chat, nutritionnellement équilibré, correctement distribué et qu’il accepte de manger.