Les matières grasses dans l’alimentation du chien : à quoi servent-elles vraiment ?

Les matières grasses dans l’alimentation du chien : à quoi servent-elles vraiment ?

Après les protéines et les glucides, une autre ligne mérite notre attention au dos du sac : les « matières grasses brutes ».

12 %, 16 %, 20 %… Un chiffre élevé peut inquiéter, tandis qu'une recette « allégée » semble parfois rassurante. Pourtant, les matières grasses ne sont pas un défaut à éliminer.

Pour comprendre leur intérêt, il faut regarder leur quantité, leur nature et la ration réellement consommée. C'est la même démarche que dans notre guide pour lire la composition des croquettes de son chien : un chiffre prend son sens lorsqu'on le replace dans son contexte.

Les lipides, qu'est-ce que c'est ?

« Lipides » est le terme qui regroupe les graisses et les huiles, ainsi que d'autres molécules apparentées. Dans l'alimentation, une grande partie se présente sous forme de triglycérides : une molécule de glycérol associée à trois acides gras.

Les acides gras sont donc des éléments constitutifs des lipides. Leur structure permet notamment de distinguer les acides gras saturés, mono-insaturés et polyinsaturés. Les oméga-3 et les oméga-6 appartiennent à cette dernière catégorie.

Une graisse contient généralement un mélange de plusieurs acides gras. « Graisse animale » ne signifie donc pas uniquement « graisses saturées », et « huile végétale » ne décrit pas un profil unique.

À quoi servent les matières grasses chez le chien ?

Leur rôle dépasse largement la réserve d'énergie. Elles contribuent notamment à :

  • fournir de l'énergie pour le fonctionnement de l'organisme et l'activité ;
  • apporter des acides gras nécessaires à certaines fonctions biologiques ;
  • constituer les membranes qui entourent les cellules ;
  • favoriser l'absorption des vitamines liposolubles : A, D, E et K ;
  • participer au maintien de la barrière cutanée et au bon état du pelage.

Certains acides gras sont également les précurseurs de molécules intervenant dans la communication entre les cellules et la régulation des réponses inflammatoires.

Les matières grasses peuvent aussi rendre l'aliment plus appétent. Mais une croquette appréciée par le chien n'est pas automatiquement adaptée à ses besoins énergétiques.

Que signifie « matières grasses brutes » sur l'étiquette ?

Il s'agit d'une mesure analytique de la fraction grasse extraite de l'aliment. Le mot « brutes » décrit l'analyse ; il ne signifie ni « crues », ni « de mauvaise qualité ».

Une valeur de 16 % correspond à environ 16 g de matières grasses pour 100 g de croquettes telles que vendues, sauf indication d'une autre base de calcul.

Ce chiffre inclut les graisses apportées par les différents ingrédients, pas seulement l'huile ou la graisse ajoutée que l'on repère dans la composition. Un poisson ou une viande peut aussi en fournir.

En revanche, il ne renseigne pas à lui seul sur :

  • l'origine précise de ces lipides ;
  • les quantités d'oméga-3, d'oméga-6, d'EPA ou de DHA ;
  • leur digestibilité ;
  • leur état de conservation.

👉 Deux croquettes à 16 % de matières grasses peuvent donc avoir des profils lipidiques très différents.

Une source d'énergie particulièrement concentrée

À poids égal, les matières grasses apportent plus de deux fois l'énergie des protéines ou des glucides digestibles.

Pour estimer l'énergie métabolisable de nombreux aliments pour chiens, les facteurs d'Atwater modifiés retiennent environ 8,5 kcal par gramme de matières grasses, contre 3,5 kcal par gramme de protéines ou de glucides digestibles. Ce sont des coefficients d'estimation : l'énergie réellement disponible dépend notamment de la digestibilité de l'aliment.

Le repère courant de 9 kcal par gramme de graisse exprime la même idée générale, mais ne remplace pas la valeur énergétique propre à une croquette.

Un exemple concret

Une portion de 100 g de croquettes à 16 % de matières grasses contient environ 16 g de lipides. Avec le coefficient de 8,5, ceux-ci représentent environ 136 kcal. Les protéines et les glucides apportent de l'énergie en plus.

16 % de matières grasses ne signifie donc pas 16 % des calories.

Pour connaître les calories distribuées, utilisez de préférence l'énergie métabolisable communiquée par le fabricant, en kcal/kg ou en kcal/100 g, puis pesez la ration. N'oubliez pas les friandises, les restes et les huiles éventuellement ajoutées.

Les acides gras essentiels : la qualité de l'apport compte aussi

Un acide gras est dit essentiel lorsque l'organisme ne peut pas le fabriquer en quantité suffisante pour couvrir ses besoins. Il doit alors être fourni par l'alimentation.

Chez le chien, l'acide linoléique, de la famille des oméga-6, est indispensable. Il intervient notamment dans le maintien d'une peau fonctionnelle.

Les recommandations nutritionnelles distinguent aussi les apports en oméga-3 selon le stade de vie. Pendant la croissance, elles prévoient notamment des apports en acide alpha-linolénique et en EPA + DHA. Le DHA contribue au développement du système nerveux et de la rétine.

Le besoin en certains acides gras ne se résume donc pas à un taux minimal de graisse totale. Ajouter n'importe quelle huile ne garantit pas que l'on apporte ce qui manque.

Oméga-3 et oméga-6 : deux familles à comprendre

Les oméga-6 ne sont pas des ennemis

On les présente parfois comme « inflammatoires » et les oméga-3 comme leur antidote. Cette opposition est trop simpliste.

Les oméga-6 remplissent des fonctions normales et nécessaires. Ce qui compte est de couvrir les besoins et d'équilibrer la formulation, pas de chercher à les supprimer.

Tous les oméga-3 ne sont pas interchangeables

On distingue notamment :

  • l'ALA, ou acide alpha-linolénique, présent notamment dans les huiles de lin et de colza ;
  • l'EPA et le DHA, des oméga-3 à longue chaîne apportés notamment par certaines huiles de poisson et de microalgues.

Le chien peut convertir une partie de l'ALA en dérivés à longue chaîne, mais cette conversion est limitée, particulièrement vers le DHA. Une huile de lin ne remplace donc pas à quantité égale une source directe d'EPA et de DHA.

De même, « oméga-3 : 1 % » ne signifie pas « EPA + DHA : 1 % ». Si l'on recherche ces acides gras précis, il faut demander leurs teneurs.

Et le rapport oméga-6 / oméga-3 ?

Il peut apporter une information, mais il ne suffit pas pour classer deux aliments. Un même rapport peut correspondre à des quantités totales très différentes et ne décrit pas la part d'ALA, d'EPA et de DHA.

Mieux vaut examiner les quantités, les formes et les besoins du chien qu'un ratio présenté comme idéal pour tous.

Quelles sont les principales sources animales et végétales ?

La liste des ingrédients aide à comprendre l'origine des lipides, sans remplacer une analyse de leur profil.

  • Graisses de poulet ou de canard, graisse de porc, suif de bœuf : elles fournissent de l'énergie et des mélanges d'acides gras différents. La graisse de volaille peut notamment contribuer à l'apport en acide linoléique.
  • Poissons et huiles de poisson : ils peuvent apporter de l'EPA et du DHA, avec des teneurs variables selon la matière première et le produit.
  • Huiles de tournesol, de maïs ou de soja : elles peuvent contribuer à l'apport en acide linoléique. Les variétés et procédés utilisés modifient leur profil.
  • Huiles de colza et de lin : elles apportent notamment de l'ALA, dans des proportions différentes.
  • Huiles de microalgues : certaines sont riches en DHA ; d'autres apportent aussi de l'EPA. Il faut vérifier la composition précise.

Une origine clairement nommée est plus informative qu'une mention générale « huiles et graisses ». Elle ne garantit toutefois pas, à elle seule, la qualité de l'ensemble de la recette.

Les lipides peuvent s'oxyder. La protection de la recette, l'emballage et les conditions de stockage comptent donc aussi : suivez les indications du fabricant, refermez bien le sac et évitez chaleur et humidité.

Plus gras ou moins gras : aucun verdict automatique

Un aliment plus gras peut convenir à un chien dont les dépenses énergétiques sont élevées, en lui apportant des calories dans un volume raisonnable. Il n'est pas automatiquement mauvais.

En revanche, si la ration apporte plus d'énergie que le chien n'en dépense, une prise de poids peut apparaître. Une forte densité énergétique laisse moins de marge aux portions approximatives et aux extras.

Un aliment moins gras peut faciliter la maîtrise des calories ou répondre à une indication médicale. Mais il n'est pas automatiquement meilleur : il doit toujours couvrir les besoins en acides gras essentiels et en autres nutriments.

Comme nous l'avons vu pour les glucides et leur estimation par l'ENA, diminuer une fraction modifie la place des autres. Et le taux de lipides ne permet pas de déduire la qualité des protéines de la recette.

Adapter l'apport au profil du chien

Croissance et activité

Un chiot a besoin d'un aliment complet adapté à sa croissance, avec un apport énergétique maîtrisé et un profil nutritionnel approprié. Choisir simplement la croquette la plus grasse ne répond pas à cet objectif.

Chez l'adulte, l'activité réelle compte : une promenade quotidienne et un effort d'endurance prolongé ne représentent pas les mêmes dépenses. L'apport doit suivre le travail effectué, la saison et l'évolution de l'état corporel.

Stérilisation, âge et état corporel

Après la stérilisation, les besoins énergétiques diminuent souvent, mais l'ampleur du changement varie. On ajuste la ration et, si nécessaire, la densité énergétique de l'aliment.

Un senior moins actif peut avoir besoin de moins de calories ; un autre peut perdre du poids et nécessiter une approche différente. L'âge seul ne justifie pas une restriction systématique des matières grasses.

Surveillez le poids, mais aussi la silhouette et la masse musculaire. Une réduction importante d'une ration d'entretien peut diminuer tous les apports nutritionnels : en cas de surpoids, un aliment spécifiquement formulé et un accompagnement peuvent être préférables.

Quand une pathologie change les besoins

Certaines situations, comme une hyperlipidémie, certaines pancréatites ou une lymphangiectasie intestinale, peuvent nécessiter une restriction des graisses définie avec le vétérinaire.

Ce n'est pas une règle applicable à tous les chiens malades ni à tous les troubles digestifs. Le degré de restriction, la ration et les éventuels compléments dépendent du diagnostic et de la tolérance.

De même, une supplémentation en huile de poisson se raisonne en fonction des quantités d'EPA et de DHA déjà consommées, pas simplement en « cuillères d'huile ». Un aliment complet ne nécessite pas automatiquement un ajout.

Repères documentaires : recommandations nutritionnelles FEDIAF 2025 et Manuel vétérinaire Merck, besoins nutritionnels du chien et du chat. La FEDIAF représente les fabricants européens d'aliments pour animaux familiers.

L'œil Sköll & Hati

Pour comparer les lipides de deux croquettes, je procède dans cet ordre :

1. Je relève le taux et sa base de calcul.
Les pourcentages doivent être comparables. Si l'humidité diffère, on peut calculer : matières grasses sur matière sèche = taux indiqué ÷ (100 − humidité) × 100. À 16 % de lipides et 10 % d'humidité, on obtient environ 17,8 % sur matière sèche. Si l'humidité manque, je la demande.

2. Je lis les sources dans toute la composition.
Je repère les graisses ajoutées, les huiles et les ingrédients qui en apportent naturellement. Je cherche des origines précises, sans opposer automatiquement animal et végétal.

3. Je vérifie les acides gras disponibles.
Oméga-6, oméga-3, et si possible acide linoléique, EPA et DHA. Une mention « à l'huile de saumon » ne suffit pas pour connaître la dose apportée. Une donnée absente reste une donnée inconnue.

4. Je rapporte les graisses aux calories et à la ration.
Exemple fictif : A contient 16 % de lipides et fournit 400 kcal/100 g ; B contient 12 % de lipides et fournit 350 kcal/100 g.
Pour un même apport illustratif de 400 kcal, A représente 100 g et 16 g de lipides ; B représente environ 114 g et 13,7 g de lipides. Ces 400 kcal ne sont pas une recommandation de ration pour votre chien.

On peut aussi comparer en g de lipides pour 1 000 kcal : A apporte 40 g et B environ 34,3 g. Cette base est particulièrement utile lorsqu'une restriction est prescrite. Le vétérinaire fixe alors l'objectif adapté.

5. Je confronte ces chiffres à mon chien.
L'aliment est-il complet et adapté à son stade de vie ? La ration, extras compris, maintient-elle un état corporel satisfaisant ? Est-il bien toléré ? Je réévalue après une transition progressive et au fil des changements d'activité ou de santé.

À retenir

  • Les lipides fournissent de l'énergie et participent à des fonctions indispensables.
  • Le taux de matières grasses brutes ne décrit pas leur profil en acides gras.
  • Oméga-3 végétaux, EPA et DHA ne sont pas interchangeables ; un ratio seul ne suffit pas.
  • Plus gras ou moins gras : le bon choix dépend de la ration, des besoins et de la tolérance du chien.